FEMMES 4.0

La parole aux ambassadrices

Entrevue avec Lorraine Delorme

Lundi, 16 décembre 2019

La volonté d’acier d’une femme manufacturière

Entrevue avec Lorraine Delorme

Directrice, Qualité, procédés et service technique, à Arcelor Mittal Produits longs, Lorraine Delorme multiplie les actions pour rallier filles et femmes au secteur manufacturier. De la sixième année du primaire à l’université, elle va à leur rencontre pour partager sa passion.

Nous avons voulu en apprendre davantage sur cette inspirante ambassadrice du mouvement FEMMES 4.0, et c’est avec grand plaisir qu’elle a accepté de répondre à nos questions.

 

F4 : Lorraine, pourquoi avez-vous choisi de travailler dans le secteur manufacturier?

Lorraine Delorme : Mon intérêt pour l’environnement laboratoire me vient d’abord de ma mère qui travaillait dans le domaine de la microbiologie alimentaire et développait des produits pour Agropur.

Au secondaire, j’ai eu l’occasion de passer une journée en industrie, chez IBM à Bromont. J’ai alors été jumelée à une technicienne en métallurgie qui s’occupait de faire de l’analyse de défauts dans la production. J’ai vraiment aimé le milieu de la recherche et le côté enquête qui va de pair.

C’était très clair pour moi que je me dirigeais vers l’industrie lourde et que c’était un domaine clairement non traditionnel. Je suis vraiment féminine, mais je n’ai aucun problème à assumer mon côté garçon manqué. C’est drôle, je pense que ça court dans la famille puisque ma sœur est diplômée en pétrochimie. On est toutes les deux dans des domaines très industriels.

 

F4 : D’après vous, quels sont les meilleurs outils pour attirer les jeunes filles dans le domaine manufacturier?

L.D. : Le plus gagnant, selon moi, est d’offrir l’exemple de gens qui ont réussi à trouver la carrière pour eux. Comme l’exemple de jeunes inspirants qui arrivent à expliquer ce qui a été le déclic, comment ils se réalisent dans le secteur manufacturier et sont capables de transmettre leur enthousiasme.

Il faut aussi faire des liens avec l’environnement réel des jeunes que l’on rencontre dans les écoles, comme leur parler des gros joueurs locaux ou même des petites boîtes le fun qui ont un impact dans leur vie. Par exemple, les entreprises qui font les chaises sur lesquelles ils sont assis ou les pupitres sur lesquels ils s’appuient chaque jour. On part de la base pour leur faire voir à quel point le manufacturier est essentiel à tout ce qu’ils utilisent tous les jours et pour leur montrer toute la variété des emplois qui y sont associés.

Ensuite, je pense que c’est important de permettre aux jeunes de vivre des expériences concrètes, que ce soit de bâtir un abri pour des abeilles ou de vivre une journée typique dans la vie d’un ingénieur.

 

«Je pense que des exemples gagnants, c’est ça le plus important.»

 

F4 : Et pour les femmes, celles qui travaillent déjà, comment peut-on les attirer vers ces emplois-là?

L.D. : Il faut mettre l’accent sur les compétences clés qu’elles possèdent tout en leur faisant réaliser qu’elles ont des aptitudes naturelles qui les avantagent dans le secteur manufacturier, comme une plus grande facilité à travailler en équipe, à collaborer, l’attention aux détails et l’ouverture d’esprit, l’empathie et l’écoute.

Souvent, les gens pensent qu’il faut juste être bon techniquement et que c’est un milieu d’hommes hyper compétitifs. Mais non, les femmes ont des qualités qui les distinguent. Elles ont une meilleure capacité à réseauter, à utiliser leur leadership transversal pour pousser leurs projets et rallier les troupes autour d’un but commun.

Et, encore une fois, on peut les attirer par des exemples de femmes ayant réussi. Je pense que les femmes du secteur manufacturier qui ont de beaux parcours de carrière ont un rôle important à jouer. Par exemple, quand je suis arrivée à l’aciérie, j’étais la première ingénieure de procédés et mon directeur de l’époque m’a clairement dit : «Tu sais Lorraine, t’ouvres la voie aux prochaines.» J’ai ensuite été le visage utilisé par l’entreprise pour recruter et je suis devenue mentore. Je pense que derrière chaque femme qui réussit bien en entreprise, il y a un mentor, que ce soit un homme ou une femme.

 

«Je pense que derrière chaque femme qui réussit bien, il y a un mentor.»

 

F4 : Pour terminer, d’après vous, comment les entreprises manufacturières peuvent-elles développer une culture de la diversité?

L.D. : La diversité, c’est au-delà des genres. Je le vis dans mon équipe, une équipe qui compte cinq nationalités différentes. Parfois, on adopte des politiques RH (ressources humaines) qui encouragent les recruteurs à mettre les curriculums vitae des profils recherchés sur le dessus de la pile… C’est plate à dire, mais on n’a pas la même qualité d’énergie et d’attention quand on est à la moitié de la pile.

Développer la diversité, ce n’est pas une question de se fixer des quotas, c’est plutôt de trouver les bons candidats. Ils disent que les équipes mixtes peuvent accroître la productivité de 10%. Plus les gens viennent d’horizons différents, plus ils échangent, posent des questions et réussissent à élever les choses à un autre niveau.

Finalement, il faut que les dirigeants y croient et qu’ils osent faire rayonner leurs perles rares!

 

3 outils pour changer le visage manufacturier

  1. Présenter le milieu manufacturier aux enfants
  2. Offrir des journées et des stages en entreprise aux jeunes en choix de carrière
  3. Développer un programme de mentorat au sein de votre entreprise